PRISTINA (Reuters) - Deux incidents mardi dans la partie nord à majorité serbe du Kosovo soulignent les défis qui attendent la mission civile de l'Union européenne dans le nouvel Etat albanophone qui s'est séparé dimanche de la Serbie.
Les soldats de l'Otan, présents sur place depuis près de neuf ans, ont été appelés à la rescousse par la police kosovare alors que des nationalistes serbes, hostiles à l'indépendance de ce qu'ils considèrent toujours comme une province serbe, attaquaient deux postes frontière, dont l'un, à Jarinje, a été incendié.
Dans les environs de Zubin Potok, un millier de manifestants ont tenté de détruire un autre poste frontière, obligeant les policiers kosovars à trouver refuge dans un tunnel.
"Nous avons demandé à l'Otan d'envoyer un hélicoptère pour évacuer nos hommes", a rapporté à Reuters une source au sein de la police à Pristina.
Le colonel Bertrand Bonneau, porte-parole de la force de l'Otan, n'a pas précisé de quel contingent les soldats envoyés sur place étaient issus. La Kfor compte 17.000 hommes venus de 35 pays.
Les soldats de l'Otan basés à proximité appartiennent aux contingents français, danois, belge et américain.
"Nous ne sommes vraiment pas loin de la partition" entre le Nord à majorité serbe du Kosovo et le reste du nouvel Etat, a estimé un responsable occidental sur place.
Il a ajouté que la fermeture des ponts par la Kfor sur la rivière Ibar, qui sépare les quartiers albanais et serbe de la ville de Mitrovica, n'était "qu'une question de temps".
PARTITION DU NORD DU KOSOVO ?
Quelque 120.000 Serbes vivent toujours au Kosovo, principalement entre Mitrovica et la frontière serbe au nord, les autres isolés dans des enclaves plus au sud, au milieu de deux millions d'albanophones musulmans.
Un porte-parole de la mission civile de l'Union européenne (Eulex), dont le chef, le néerlandais Pieter Feith, est attendu sur place d'un jour à l'autre, a déclaré qu'il n'était pas prévu de retirer les éléments précurseurs déjà déployés dans la partie de Mitrovica peuplée de Serbes. "Ils vont rester et remplir leur mission", a-t-il dit à Reuters.
Les Serbes du nord du Kosovo, appuyés par Belgrade et la Russie, considèrent comme illégale la mission civile de l'UE qui doit prendre le relais des Nations unies pour aider les autorités kosovares à instaurer un Etat de droit.
Cette mission sera composée de 2.000 policiers, magistrats et administrateurs civils.
Le porte-parole de la diplomatie européenne, Javier Solana, est attendu dans la journée au Kosovo pour féliciter les dirigeants du nouvel Etat, qui a été reconnu par la majorité des pays de l'UE.
Mais les manifestations serbes et deux nuits de vandalisme prenant pour cibles les symboles et les véhicules des organismes internationaux soulignent la difficulté de la tâche qui attend l'Eulex.
La Russie a de nouveau mis en garde la communauté internationale contre les dangers qu'entraîne selon elle l'indépendance kosovare pour la stabilité non seulement dans la région mais à travers le monde.
Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, s'est entretenu lundi au téléphone avec son homologue américaine Condoleezza Rice, rapporte mardi le ministère russe des Affaires étrangères.
MOSCOU ET PEKIN REDISENT LEURS CRAINTES
Il a réaffirmé l'opposition du Kremlin à la proclamation d'indépendance de Pristina, un "acte unilatéral inacceptable" qui ouvre une "boîte de Pandore".
"Nous soulignons les conséquences dangereuses d'une telle initiative, qui menace les principes de paix et d'ordre et la stabilité internationale établis depuis des dizaines d'années", a déclaré Lavrov.
Pour le chef d'état-major des forces armées russes, le général Youri Balouïevski, la déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo "viole grossièrement les accords conclus à Yalta en 1945 et à Helsinki en 1973 sur l'inviolabilité des frontières".
"Les pays étrangers qui connaissent des problèmes de séparatisme ne se sont pas précipités pour reconnaître le Kosovo. Pourquoi le Canada ne l'a-t-il pas déjà fait ? Parce qu'il y a le Québec", a-t-il dit à l'agence de presse Itar-Tass.
Au sein de l'UE, l'Espagne, notamment, confrontée au séparatisme basque, n'a pas non plus reconnu le nouvel Etat.
Les Etats-Unis, pour leur part, ont tenté de vaincre les réticences de la Chine en soulignant le caractère "unique" du dossier kosovar.
"Comme je l'ai répété à mes interlocuteurs chinois, on a au Kosovo une situation vraiment unique, il n'y a rien de comparable ailleurs dans le monde", a dit le secrétaire d'Etat adjoint Christopher Hill qui était en visite mardi à Pékin.
Peu auparavant, le ministère chinois des Affaires étrangères avait redit l'hostilité de Pékin à l'indépendance kosovare, qui menace "la paix et la stabilité dans la région des Balkans" car elle est contraire "aux principes fondamentaux qui régissent les relations internationales" et elle ignore "l'autorité et le rôle du Conseil de sécurité des Nations unies".
Avec Michael Stott et Conor Sweeney à Moscou, Lindsay Beck, Ben Blanchard et Chris Buckley à Pékin, version française Grégory Schwartz et Guy Kerivel

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